Le Lensois Normand

Tome 2

Le canal de Lens

Classé dans : Histoire,Lens — 27 février, 2010 @ 15:13

Au début du 16ème siècle, le canal de la Deûle fut prolongé jusque Courrières en passant par Pont-à-Vendin. L’acte d’ouverture du canal de Lens à Lille fut signé en 1520 par Antoine Le Censier, échevin.  A l’époque, on y transportait de la tourbe, des grains et des bestiaux. 

En 1587, on trouve des traces d’écrits sur le canal dans les délibérations de l’échevinage de Lens (sorte de juridiction municipale), il était alors alimenté par les marais. Les échevins de Lens percevaient un droit de péage en échange de l’entretien du rivage du canal. 

Au Nord-Est de Lens, le canal de la Souchez (aussi appelé canal de Lens à la Deûle) n’était autre que la rivière du même nom dont le lit avait été redressé à partir d’Eleu-dit-Leauwette. 

A l’époque, le canal faisait tourner quatre moulins de Lens : Peskebeuf, la Poterne, Mollaines et Arondelle. 

Ce plan de 1648 montre (en bleu) le canl de la Souchez qui se jette dans les marais de Harnes. 

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Mais trop mal entretenu, il n’est plus utilisé et est comblé en 1791. Son emplacement partagé entre les riverains 

Avec la découverte du charbon et l’essor des compagnies minières, un nouveau canal devient une nécessité. Le 2 août 1881, un décret autorise le creusement d’un canal à la demande du conseil municipal et de la compagnie des mines de Liévin. 

En 1886, il prolonge jusqu’au pont d’Eleu le canal de la Souchez qui avait été concédé aux Mines de Courrières en 1860. 

En 1898, 557 000 tonnes de marchandises ont transité par le canal. 

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Le canal de Lens comportait 4 écluses avait un mouillage de 2,20 mètres 

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Pour franchir la Route de Douai et se rendre à Sallaumines, un pont fut construit auprès de l’ écluse n°1. Il sera détruit pendant la première guerre mondiale. A noter qu’au 11ème siècle, un pont avait déjà été édifié à cet endroit près de la Porte de Douai lorsque Lens construisit ses remparts. Il évitait aux lensois  de « tant se salir pour joindre Salleau » selon une expression de l’époque. 

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Les péniches disposaient d’un quai de déchargement pour, par exemple, les matériaux de construction destinés aux Mines… 

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… et d’un quai d’embarquement pour les charbons venant des Mines de Liévin. 

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 Mais les rives du canal étaient aussi un lieu de promenade par un raccourci entre les rues d’Avion et de Douai. 

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Cette carte est prise de la rue des Jardins, on y voit le grand tourillon de la brasserie. 

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Sur cette autre image, on aperçoit les travaux d’extension du quai de déchargement et une vue sur la place de la République dont l’un des côtés n’est pas encore bâti. 

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Au sud de Lens, le canal passe sous la route d’Avion qui mène à la cité des Cheminots … 

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… et sous les voies de chemin de fer de la Compagnie du Nord. 

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A hauteur d’Eleu-dit-Leauwette, se trouvait l’extrémité du canal de Lens. Les péniches pouvaient y faire demi-tour.

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Apres la 1ère guerre mondiale, le canal est en piteux état : 

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14 ponts ou passerelles et 3 écluses sont détruits. 240 ouvriers sont employés à sa restauration. 

Le canal est réouvert partiellement en 1920 et totalement le 1er février 1922. En 1923, les ponts de la Compagnie des Chemins de Fer du Nord sont terminés.

En 1927, le Pont de la Route Nationale 43 dit Pont de Douai est terminé. C’est un Pont Métallique de 27 mètres d’ouverture 

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Cette année là, le canal draine 1 434 000 tonnes et 5209 chargements de péniches ont été réalisés. 

Mais le canal sert aussi de lieu de loisirs. En 1930, l’USOL (Union Sportive Ouvrière Lensoise) organise le 20 juillet sa 1ère fête nautique et crée la « Traversée de Lens à la nage ». Au cours de cette fête, d’autres épreuves sont inscrites  entre le Pont de Douai et l’écluse: exercice de sauvetage, concours de plongeon, courses de vitesse. Les spectateurs sont installés sur 500 chaises réparties sur les deux rives du canal 

Autre club, le CNL (Club nautique lensois) est créé en 1930, organise sa 1ère fête le 14 septembre 1930 : match de water polo mais aussi des jeux qui auraient pu inspirer Guy Lux pour Interville : mât de cocagne sur l’eau, traversée du canal avec cochon. 

Pour les ducasses de quartier, était organisées des joutes très appréciées des lensois. 

En 1932, M. Goutte, directeur des Pingouins Lensois (issus de la fusion entre les Dauphins et l’Union nautique lensoise), crée une école de natation. 

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En 1934, une piscine est inaugurée le long du canal, près de Pont de Douai. Elle comportait 3 bassins, des gradins pouvant accueillir 800 spectateurs, 130 cabines et des plages gazonnées. 

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 En 1943, un arrêté déclare urgents et d’utilité publique les travaux d’aménagement du canal de Lens nécessaires au maintien de la navigabilité. Ces travaux d’abaissement du plan d’eau sont entrepris de 1948 à 1953 et la navigation est suspendue. Une nouvelle écluse est construite et la navigation est à nouveau possible en février 1953. 

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Quelques années plus tard, le canal est devenu un véritable égout à ciel ouvert ; les eaux provenant des abattoirs municipaux, les eaux pluviales et ménagères y sont déversées. 

Dès 1962, le conseil municipal émet le vœu de supprimer le canal. Un décret du 19 avril 1968 stipule que le canal de Lens est finalement rayé de la nomenclature des voies navigables. En 1974, la Souchez est canalisée sous terre dans d’énormes conduits en béton afin de laisser la place en surface, à la rocade sud qui emprunte le lit de l’ancien canal. La rocade minière sud est mise en service en 1976

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11 commentaires »

  1. Francis dit :

    Lors de la suppression du canal, on y a retrouvé des lanternes de queue de trains ,dans les années 60 : un lampiste remplaçant de la gare de Lens, de temps à autre y balançait ses lanternes et même es’carette.. (pour les non chtis : le chariot qui lui servait à transporter les lanternes).

    Dernière publication sur Le lensois normand : C'est fini (pour le tome 1)

  2. Jean Claude dit :

    Salut Claude, bravo pour ce travail de recherche remarquable.
    Petit commentaire :
    « Notre » canal a quand même eu une triste fin : finir en égoût puis remplacé par une rocade !! La question est : est-ce que nos élus locaux avaient une âme un peu écolo ??? Je ne pense pas, et même au-delà, de cette considération, le canal aurait pu avoir une destination tout autre. La région de Lens manque de rivière et d’eau en général (Il y a maintenant le Parc des Glissoires, heureusement…)
    Dans mon « patelin » coule le canal du Centre qui aurait très bien pu connaître le même sort, bien-sûr les péniches de fret sont assez rares, mais le tourisme fluvial a pris une grande ampleur depuis quelques années, le canal du Centre est devenu un facteur important du tourisme dans notre petite vallée… A St Léger, un port de plaisance a été construit et abrite 18 bateaux de location. Pour la commune c’est véritablement une aubaine.
    Je suis certain que le canal de Lens avait sa chance.Tant pis.
    aller salut,
    jc

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  3. Roland dit :

    Un travail remarquable qui nous plonge au coeur de l’histoire de notre région et qui a fait ressurgir dans ma petite tête des souvenirs personnel qui, eux,n’ont rien d’historique.
    C’est dans le canal de Lens que j’ai appris à nager(sans moniteur,d’ailleurs)
    C’est le long du canal de Lens,qu’à la sortie du collège,nous allions,Madeleine et moi,cultiver nos
    premiers émois amoureux (où la culture va-t-elle se nicher?.
    Enfin c’est à Courrières, ville natale de la susdite,que se rencontrent la Souchez et la Deûle?

    Me trompé-je?
    Roland.

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  4. Michel B dit :

    Dans le cadre de la semaine de mémoire de mines, qui a lieu chaque année à Noyelles-sous-Lens pendant la semaine du 10 mars ( en souvenir de la catastrophe de Courrières de 1906) le groupe de travail, (beaucoup d’anciens mineurs), organise cette année une exposition et un film sur le canal de Noyelles sous Lens, en réalité celui de Lens ou celui de la souchez….
    Nous travaillons avec les archives des mines et de celle de Lens, Arras et les voies navigables, et avons engrangé une bonne documentation sur le sujet, et sur l’état des lieux d’aujourd’hui.
    Merci de ce bon travail de mémoire et ce cette publication. Il est vrai que beaucoup d’archives ont disparu avec ces nombreuses guerres, et ce n’est facile d’actualiser ces siècles d’Histoire.
    Je n’ai pas encore trouvé de documents des moulins existant sur ces petits affluents alimentant le canal. En posséderiez-vous ? ou d’autres documents d’histoire autour de ce thème ?
    Merci d’avance
    Michel B

  5. Pascal B dit :

    Bravo pour cet article passionnant.Un petit commentaire : l’impasse juste à gauche avant de franchir le pont de Douai en venant de Lens s’appelle chemin du halage et ce vestige du passé m’ a toujours intrigué, moi habitant du quartier depuis 3 ans. C’est en consultant les cartes géologiques dans le cadre de mon métier (assez anciennes, elles ont l’avantage de faire figurer la toppographie avant les infrastructures récentes), que je me suis aperçu de la présence de la rivière de La Souchez au droit de l’actuelle rocade. J’en ai supposé qu’elle devait être soit déviée ou canalisée sous la chaussée.

  6. verrier dit :

    Ancien marinier,je connais très bien le secteur pour y avoir chargé 330t de charbon au rivage de Harnes pour l’usine Renault de Billancourt en 1963 et avoir déchargé des rouleaux de fil pour la tréfilerie de Noyelles sous Lens en 1964 ainsi que du sable chez David à Lens. On a même débarqué la voiture en accrochant un palan au pont de Douai. Oui Roland c’est bien à Courrières que le canal rejoint la Deûle.
    Cordialement,

    J.Claude Verrier

  7. AUGUSTYNIAK Alain dit :

    Je suis actuellement chef de projet(à la DIR Nord – service d’ingénierie de Villeneuve d’Ascq) d’un futur mur anti-bruit qui sera situé sur la rocade minière de Lens(autoroute A211). Il sera situé approximativement entre l’actuel chenil et les voies SNCF.
    Je suis petit fils de mineur d’Avion et d’un ancien secrétaire de Mairie de Loison sous Lens, je suis passionné d’histoire et mes 4 grands parents que j’ai eu la chance de connaître longtemps m’ont transmis involontairement, chacun à leur manière, un amour profond de mon territoire qui est l’ex bassin minier des agglomérations de LENS-LIEVIN et d’HENIN-CARVIN.
    Venons en au sujet qui nous intéresse tous ici: le canal.
    Lors des études préliminaires de mon projet, afin de compléter les levés topographiques, je me suis renseigné sur la position de ce canal et notamment de la partie où son axe diverge de celui de l’A211 car je devais faire réaliser des sondages pour dimensionner les fondations du futur mur anti-bruit. J’ai également fait des recherches sur les archives de l’ex DDE auprès de mes collègues du service d’exploitation de la DIR Nord pour retrouver les plans de travaux de l’époque de la création de la rocade. On y voit très bien la position de l’ancien canal, ses berges(dont on voit encore aujourd’hui les margelles en pierre de taille), la position de l’écluse et de la maison de l’éclusier(qui vient d’être démolie par la ville de Lens qui va faire réaliser une résidence de logements à cet emplacement). Ce que je peux vous dire encore sur le canal, c’est qu’il est busé dans 2 grosses canalisations (d’1,80m de section intérieure) des voies SNCF jusqu’au pont de Douai, elle se connectent ensuite dans un cadre en béton de 4m sur 2,50m après le pont de Douai et c’est à cet endroit que les axes de l’A211 et de l’ancien canal divergent.
    Vos archives ainsi que celles de la ville de Lens, m’ont fortement intéressé, tant personnellement que professionnellement.
    Un grand bravo pour votre travail de recherche qui ne pouvait être mené que par un passionné
    Alain Augustyniak
    Ps: J’ai en ma possession un collage de photos aériennes des années 60 avant la création du « parc de la glissoire » et de l’A211 où on voit très bien le canal encore existant… j’ai sauvé cet archive parmi d’autre lors de la fermeture de la subdivision de la DDE de Vimy où j’ai travaillé de 2001 à 2004, car tout ce que les communes n’ont pas repris lors de la fermeture définitive a été jeté aux ordures.

  8. Merci de ce commentaire et de ces précisions. Y’a t-il un moyen d’avoir une copie des plans et photos aériennes dont vous parlez ?

    Dernière publication sur Le lensois normand : C'est fini (pour le tome 1)

  9. Thibault GHEYSENS dit :

    Super article. A la même époque, le canal de Tourcoing devait disparaitre dans les mêmes conditions, et qu’un referendum populaire de quartier (le blanc seau) a sauvé du désastre. Aujourd’hui, on que les berges sont le véritable atout nature de la ville. C’est un peu la même histoire que celle des terrils.

    http://www.nordeclair.fr/info-locale/a-tourcoing-les-berges-du-canal-sont-elles-le-veritable-ia51b0n716391

  10. Thibault GHEYSENS dit :

    Super article. A la même époque, le canal de Tourcoing devait disparaitre dans les mêmes conditions, quand un referendum populaire de quartier (le blanc seau) l’a sauvé du désastre. Aujourd’hui, la presse estime que les berges sont le véritable atout nature de la ville. c’est une belle leçon, un peu la même histoire que celle des terrils.

    http://www.nordeclair.fr/info-locale/a-tourcoing-les-berges-du-canal-sont-elles-le-veritable-ia51b0n716391

  11. michel morcellet dit :

    Je me rappelle avoir vu des joutes nautiques sur le canal de Lens certainement aux moment des fêtes;
    Bravo pour l’ensemble des tomes. C’est vraiment superbe mais quel travail de fourmi!

    Michel

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