Le Lensois Normand

Tome 2

La Naissance de la Compagnie des Mines de Lens (de 1849 à 1879)

Classé dans : Histoire,La Mine,Lens — 26 septembre, 2010 @ 18:51

 En 1879, E. Vuillemin publiait une étude sur le bassin houiller du Pas de Calais. Celle ci nous permet de retracer les premiers pas de la Compagnie des Mines de Lens.

En 1849, après la découverte par M. Mulot d’un gisement de houille à Oignies, Messieurs Casteleyn, Tilloy et Scrive, grands industriels très intéressés par l’exploitation du charbon qui pouvait rapporter gros, entreprirent, le 9 juillet de la même année, un sondage infructueux à Annay.

Voyant que la Compagnie de Vicoignes effectuait un sondage positif à Loos-en-Gohelle, ils en entreprirent un nouveau dans les bois de Lens, à la jonction des Chemins de Grande Communication n° 33 et 43 (qui allaient devenir plus tard les Routes de La Bassée et de Béthune). En décembre 1850, ils y trouvèrent enfin de la houille. C’est à cette période que des actionnaires de la Compagnie de Courrières vinrent rejoindre la société de recherche de Lens.

Mais, ces industriels ne savaient quel parti tirer de cette découverte, n’étant pas du «monde du charbon» et hésitaient à engager dans l’affaire des sommes considérables de leurs deniers personnels.

Il s’adressèrent alors à la Compagnie de Vicoigne qui avait commencé l’exploitation d’une fosse à Noeux (qu’on appelait pas encore Noeux-les-Mines). Celle ci, moyennant une remise sur les actions de Lens, avançait 500 000 francs et fournissait son matériel et son personnel pour creuser la première fosse de Lens.

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Elle fut ouverte en 1852. C’est le Maître-Porion Dumont, de la Compagnie de Vicoigne, qui entreprit les travaux. La houille fut rencontrée à 145 mètres de profondeur. Après quelques difficultés de jeunesse, cette fosse devint très productive. Dès 1854, on y produit 10 000 tonnes de charbon d’excellente qualité (puis 38 000 tonnes en 1855 et 62 000 en 1856).

Plus rien ne s’opposait alors à la création de la Compagnies des Mines de Lens. Elle remboursa les 500 000 francs à la Compagnie de Vicoigne et émis ses propres actions. Elle fut constituée le 12 février 1852 avec un fond social de 3 millions de francs divisé en 3000 actions de 1000 francs.

Les actionnaires sont au nombre de neuf : MM. Casteleyn, Scrive-Labbé, Tilloy, Désiré Scrive, F. Destombes, E. Grimonprez, Deschamps-Crespel, Barrois et Lebas.

Ils firent un premier versement de 300 francs par actions. Les 700 francs restant, pouvant être appelés plus tard, ne furent jamais versé : la Compagnie engageant les nouveaux travaux avec ses fonds propres.

En 1853, un décret donne à la Compagnie une concession de 6031 hectares aux quels on ajouta 208 hectares dix ans plus tard par une extension vers Liévin.

La fosse 1 reçut le nom de M. Casteleyn et fut donc ouverte en 1852. En 1857, on ouvrit une deuxième fosse au lieu-dit du Grand Condé (dont l’exploitation commença en 1859).

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Puis une troisième en 1858 à Liévin. Elle est appelée Saint Amé et commence son exploitation en 1860.

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D’autres vont suivre : la fosse 4, Saint Louis, en 1862,

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la fosse 5 à 800 mètres à l’est de la précédente en 1872 près des marais de Lens.

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En 1860, une fosse creusée sur le territoire d’Eleu-dit-Lauwette fut abandonnée à 20 mètres de profondeur.

En 1873, la Compagnie de Lens racheta celle de Douvrin pour 550 000 francs. Celle ci avait ouvert un puits peu rentable. Des travaux furent entrepris et la fosse devint exploitable. Elle porta le numéro 6.

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A Wingles, en 1874, des sondages furent entrepris,on traouva de la houille à 137 mètres. Cela aboutit à l’exploitation de la fosse 7 avec deux puits distant de 10 mètres l’un de l’autre.

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En 1877, la production de la Compagnie des Mines de Lens étaient de 658 000 tonnes.

En 1855, la Compagnie employait 299 ouvriers, ils étaient 1798 en 1869 et 3713 en 1875 dont 2316 qui travaillaient « au fond ».

Dans un article « Les Mines de Lens » publié par la Revue Scientifique en 1877, on trouve les renseignements suivants : La moyenne du salaires d’un mineur pendant une quinzaine (ils étaient payés deux fois par mois) était de 65 francs.

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Un mineur de fond touchait 5 francs de la journée. On y trouve parmi les salaires payés par la Compagnie, celui des «Enfants» qui était de 1,50 franc par jour (la loi du 9 septembre 1848 avait fixé l’âge minimum d’embauche à 12 ans).

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Les femmes au triage gagnaient 1,50 à 2 francs par jour.

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Notons qu’il a fallu la publication de la loi du 2 novembre 1892 pour interdire le travail des femmes au fond. Cette même loi leur interdisait aussi, ainsi qu’aux enfants, le travail de nuit.

En 1869, la salaire moyen annuel était de 807 francs, en 1876, de 1069 francs et avec une baisse des ventes de charbon en 1878, il redescendit à 821 francs.

Pourtant , la Compagnie des Mines de Lens était riche grâce à un gisement productif. L’action, qui avait été émis à 1000 francs en 1852, en valait déjà 2000 en 1858, 3100 en 1862 et ne cessa de monter pour atteindre, à la Bourse de Lille, les sommes faramineuses de 15 000 francs en janvier 1873, 35 000 en 1875 et jusqu’à 35 300 en décembre de la même année. Ce fut son point record, elle se stabilisa ensuite entre 19 000 et 21 000. Quand même pas mal pour une valeur initiale de 1000 francs (donc seulement 300 avaient été versés, rappelons le).

Le capital de la Compagnie des Mines de Lens qui était de 900 000 francs à sa création atteignait en 1879 la somme de 31 239 000 Francs !

Elle possédait aussi un vaste réseau de chemins de fer reliant ses fosses au réseau des Chemins de Fer du Nord (voir ici: http://lelensoisnormand.unblog.fr/2010/08/06/les-chemins-de-fer-des-mines-de-lens-1/) ainsi qu’un vaste port d’embarquement le long du canal de la Deûle. En 1878, le charbon est expédié à 4,8 % par «voiture», 46% par bateau et 49 % par chemin de fer !

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La ville de Lens n’était pas grande à l’époque (moins de 2500 habitants) et la Compagnie avait besoin d’ouvriers. C’est pour cela que dès les années 1860, elle se mit à bâtir des logements. Comme les puits, les cités reçurent des noms de saints patrons , la Compagnie marquait ainsi son attachement au catholicisme. Les citées étaient d’ailleurs bâties autour d’une église.

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En 1866, la Compagnie possédait 480 maisons, 755 en 1872 et 1383 en 1878.

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Elle créa aussi une Caisse de Secours financée par une cotisation représentant 3% du salaire des mineurs et 1% de la somme des salaires versés par la Compagnie.

La Compagnie se vante aussi d’effectuer d’autres «oeuvres» pour ses ouvriers : création d’écoles religieuses oun communales, construction d’églises, 1% de ses dividendes est réservés aux pensions données aux veuves d’ouvriers tués en service, chaque enfant reçoit 10 francs le jour de sa communion !

Le « 3 de Lens » à Liévin fut doté de la première église, Saint Amé. Assez vaste pour desservir une population de 3000 habitants, elle coûta 100 000.

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 Conjointement, une école tenu par des religieux a été bâtie au coeur de cette cité. Sa construction revint à 118 000 francs.

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Déjà en 1879, la Compagnie des Mines de Lens était la plus prospère de tout le bassin houiller. le gisement comprend 28 couches de houille facilement exploitable. C’est là une richesse exceptionnelle pour les actionnaires mais pas pour les mineurs !

Dès 1867, année de parution de la loi sur le droit de grève (très encadré tout de même), les mineurs lensois utilisèrent ce moyen pour se faire entendre. Mais longue fut la lutte, elle se terminera plus de 100 ans plus tard !

La concession en 1879 :

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7 commentaires »

  1. HENAUT Jean-Claude dit :

    Bonjour
    J’aime bien ce billet.
    Mais n’oublions pas que les propriètaires des concessions minières du XXème siècle naissant possédaient les matières premières et l’outil de production.Ils se voulaient aussi propriétaires des travailleurs et de leurs familles.
    Pour la Cie des Mines de COURRIERES la valeur des actions ,émises à l’origine, a augmenté de 1000% passant de 300 à 3000 francs.

    Il semble que ce « problème » d’actions soit encore et toujours d’actualité.

    Bravo pour vôtre blog

    J-C

  2. Arno dit :

    Sais tu pourquoi la mine d’Éleu a fermé a seulement 20 metres si les gisements étaient plutot dans les 130-140 metres? Ca m’intrigue cette histoire, je veux savoir!!! :-)

  3. Le creusement de la fosse d’Eleu fut abandonné à 20 mètres bien que le sous-sol semblait riche en houille parce qu’à proximité du puits furent découvertes des traces de la période dévonienne de l’ère primaire datant de 395 000 d’années environ (je suis pas à un ou deux mois près). L’histoire ne dit pas si des fouilles ont été effectuées par la suite.
    Vers 1850, c’était « la guerre » entre les Compagnies de Lens et de Liévin. Chacune effectuait des sondages au plus près des limites de concession de l’autre.
    Sachant cette fosse abandonnée par la Compagnie de Lens, celle de Liévin, flairant un filon à exploiter, en ouvrit une autre tout près qui prit le nom de « Fosse 3 de Liévin ». Un quartier que tu dois bien connaître car une certaine MC y habitait dans les années 50/60.

    Dernière publication sur Le lensois normand : C'est fini (pour le tome 1)

  4. Arno dit :

    Cool, il y a des fossiles de dinosaures alors! :-) Tiens ca me fait penser a une autre question peut etre bete: Les limites terrestres (en surface) étaient-elles respectées en sous-sol? Est ce qu’on pouvait aller creuser sous la maison du voisin? Qui surveillait ca?

  5. amelexo dit :

    Merci pour tous ces renseignements que je ne connaissais
    pas et qui viennent compléter mon dossier sur les mines de Lens. Ils me rappellent également ce que mes grand parents racontaient sur les facilités qu’ils avaient
    travaillant à la Mine.

    Amélia

  6. murielle million ep prost dit :

    bonjour tres bien votre billet et le blog quelqu’un a-t-il des photos ou document à mettre sur le blog de la fosse 2 de oignies car mon grand pere mon papa et mon parrain chef porion tous de leur nom de famille million y ont travailler ils sont tous morts de la silicose papa à 50ans 3 ans apres sa retraite pfff j’aimerais tant connaitre des personnes qui ont travailles avec eux ou en on entendu parler merci

  7. murielle million ep prost dit :

    photo de la fosse 2

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