Le Lensois Normand

Tome 2

Léa, première Muse en 1901

Classé dans : Histoire,La Mine,Lens — 27 janvier, 2011 @ 22:09

 Avant Yvette Sarazin en 1951, il y eut deux autres Muses des Mineurs à Lens. La première élection a lieu cinquante ans avant, en 1901 et c’est le 30 juin que Léa Bourdon , trieuse à la fosse 4 est couronnée

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Pourquoi créer une Muse des Mineurs ? Nous sommes au début du XXème siècle, les compagnies minières sont en conflit depuis plusieurs années avec leurs ouvriers. De nombreuses grèves dont celle de 1891 ont éclaté. La Cité ouvrière de Lens crée le grand prix de la  » Muse Ouvrière  » et décide de créer une récompense pour le travail féminin en suivant l’exemple de Montmartre qui, quelques années plus tôt, avait créé sa  » Muse du Travail « . Cette Muse, à l’instar des Muses de l’Antiquité, doit symboliser  » la résignation au devoir, le travail joyeux comme une chanson et le travail sans fard ! « .

C’est le grand quotidien parisien de l’époque, le Matin qui dans son numéro 6336 relate par l’intermédiaire de son envoyé spécial à Lens, Paul Lefranc, la journée du couronnement.

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Voici quelques extraits de cet article :

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« Ce matin, on rencontrait dans la ville de nombreux mineurs en vêtement du dimanche venus les premiers admirer le char de la Muse et la Muse elle-même.

La Muse : tout le peuple de la mine n’a vécu que pour elle aujourd’hui.

Voici son histoire : Toutes les ouvrières de la ville furent invitées à voter, à désigner celle qu ’elles considéraient comme la plus digne de remplir ce rôle. Dans ce pays où toutes les rues ressemblent à des corons, où sur dix passants on rencontre huit mineurs, la mine, sans mal triompha puisque par environ 150 suffrages, Léa Bourdon fut élue Muse de Lens.

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Les trieuses de la fosse 4 au début du XXème siècle

Mademoiselle Léa Bourdon a juste 17 ans, elle est trieuse à la Compagnie des Mines de Lens, à la fosse 4. Elle est blonde, d’un blond fauve changeant qui donne à sa chevelure des reflets de métal. Les yeux bleus, de très jolies dents, elle est d’une grande simplicité non dépourvue d’une certaine distinction. D’une famille de 10 enfants, son père, ses frères sont mineurs. »

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La fosse 4 à cette époque

Le journaliste retrace ensuite la journée de fête :

La Muse assiste d’abord au défilé sur la tribune dressée devant la mairie en compagnie d’Emile Basly, Maire de Lens, du compositeur Gustave Charpentier, du Préfet et des autres autorités locales.

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Gustave Charpentier

De nombreuses associations musicales viennent de toute la région, des Mines de Noeux, Bruay, Billy Montigny … Drapeaux, fanfares, «C’est une armée qui passe, ajoute le journaliste, l’armée du travail. De nombreux mineurs sont venus en tenue de travail : chapeau de cuir bouilli, lampe à la main et pic sur l’épaule.»

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Rue de la Gare : la foule afflue vers la place

Le Char de la Muse représente le haut d’un chevalet avec les molettes et l’élue est dans la cage en compagnie de ses demoiselles d’honneur, Claire Drache, Laure Vermant, Virginie Bardieret Berthe Menu.

La cérémonie du couronnement à lieu sur la place de la République où l’on a dressé une estrade «plus haute qu’une maison», des draperies rouges et or accompagnent les drapeaux tricolores, des guirlandes, des fleurs à profusion. Les gens étaient partout : dans les arbres, sur les toits, sur les balcons.

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La Place de la République en 1901

De nombreux orchestres viennent de toute la région (Lille, Cambrai …) accompagner les quatre Sociétés Musicales de Lens. Puis Gustave Charpentier interprète ses œuvres et dirige plus de 500 musiciens.

Vient enfin le grand moment du couronnement : C’est Mademoiselle Mante, de l’Opéra de Paris qui pose sur la tête de Léa Bourdon la couronne de roses.

Le spectacle se termine par une Marseillaise chantée sur scène et reprise par les dizaines de milliers de lensois présents.

Mais la fête n’est pas finie, elle va se prolonger très tard dans la nuit avec de nombreux concerts et bals dans toutes les cités de la ville.

Il parait que parmi les lots gagnés par Léa Bourdon, il y avait une semaine de gratuité sur son carnet minier. Le mineur devait avoir toujours sur lui un carnet à son nom où étaient notés les faits marquants de sa vie d’ouvrier : dans les pages annexes figurait le total des achats qu’il effectuait à la Coopérative des Mines, le montant des courses lui était retirée de sa paye chaque quinzaine.

Le lendemain, Léa, comme toutes ses compagnes, retourne trier le charbon à la fosse 4.

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2 commentaires »

  1. amelexo dit :

    Très bon travail de recherche!!
    Merci pour me permettre de m’approcher un peu plus à
    la vie de mes ancêtres. Vu l’ampleur de cette fête, ils ont sans doute vécu ces grands moments.
    Amicalement,
    Amélia

  2. maurice dit :

    bin j’cros qu’tout ya été dit , faut avoir in sacré patience pour avoir un si bieau résultat , chapeau claute

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